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Aventure familiale dans les Alpes de Haute Provence

     Depuis 33 ans, nous évoluons dans cette région avec nos enfants, en ski, en raquettes, à pied, à cheval, en V.T.T., en 4x4, en rafting, en parapente ou accompagnés d’un âne de Provence (croix de Saint André noire sur le dos). L’âne, animal très rustique est très intelligent comme le spécifie depuis des générations la vraie histoire du bonnet d’âne à l’école pour rendre plus intelligent le « cancre », que mettaient au coin de la classe les premiers instituteurs.

   Je vous raconte une de nos randonnées mémorable avec ma compagne de toujours, cowgirl dans l’âme : Rosemonde et une ânesse nommée Princesse, louée à un voisin. Cette dernière a un rôle très important : porter les bagages. L’inconvénient, c’est qu’elle n’en avait jamais porté et qu’elle avait toujours évolué sur le plat. Départ le matin, et après une heure de marche, Princesse découvrait que les efforts physiques en altitude donnaient chaud, d’où l’expression « transpirer et souffler comme un âne ». Un petit coup d’œil sur le chemin que nous venions de parcourir  ainsi que sur le lac de Serre Ponçon se faufilant entre le Grand Morgon et ses montagnes environnantes de la chaîne des Alpes à perte de vue.

Nous empruntons « le chemin militaire » qui va nous permettre de passer de l’autre côté de la montagne, il est midi, le soleil frappe très fort sur les cailloux qui nous renvoient la chaleur. Nos vieux chapeaux de cowboy sont très utiles dans ces moments là !... Lorsque nous nous asseyons sur un rocher à l’ombre d’une sapinette, pour boire, Princesse vient poser sa lourde tête délicatement sur ma cuisse et écouter un petit air d’harmonica que j’ai toujours le plaisir de jouer lors des temps de repos et ce, depuis ma plus tendre enfance (il y a déjà 65 ans). Les endroits ensoleillés égaient tellement la nature, qu’elle nous caresse de ses odeurs les plus raffinées. Par contre les zones d’ombre nous offrent mûres, framboises, fraises acidulées, regorgeant de vitamines. Pour les myrtilles, il faudra attendre d’être plus haut et fin août. Avant de passer le Col, un denier regard émerveillé s’envole sur la vallée, distinguant le mont Ventoux que nous grimpions jadis à vélo (routier) avec des copains ados.
      Sur notre droite, le Pic Saint-Bernardez arbore fièrement sa grande croix de bois, plus loin et plus haute, l’Aiguillette dont il n’est pas permis à tous le monde de franchir les deux cent derniers mètres. En face, la Grande et la Petite Séolane en forme de dôme en roche claire, changeant de couleur à tout moment de la journée. Ma couleur préférée, c’est le soir : d'un rose légèrement orangé, contrastant avec la montagne en contrebas, quand elle se couvre de son habit de nuit.

Nous nous installons à l’ombre d’un sapin esseulé, comme si un paysagiste était passé par là, nous présentant deux gros rochers presque cubiques ouvrant la porte sur notre paradis. L’herbe est tellement serrée, épaisse, que nos corps semblent plus légers lorsque nos pieds touchent le sol. Sur notre gauche, nous apercevons à flanc de montagne, un immense troupeau de moutons tels des asticots blancs, faisant tinter leurs clochettes.

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Il est dix sept heures, nous arrivons aux environs du lac du Milieu, ayant laissé le lac noir à notre gauche, car un passage de roche lisse inclinée, n’aurait pas été possible pour Princesse avec son chargement parfois brinquebalant (de toute façon elle aurait refusé de passer). En montagne, tous les lacs sont différents par leur couleur, du fait de leur environnement. Il y a en a même un qui s’appelle lac des Neuf Couleurs. Un ruisseau court en méandres, de son murmure inégalé, au beau milieu de fleurs bleues et jaunes, enveloppant des cailloux d’où surgissent les reinettes faisant bon ménage avec des milliers de petites sauterelles qui ne cessent de danser lors de notre passage, comme pour nous souhaiter la bienvenue. En ces lieux conviviaux, notre compagne quadrupède daigne se désaltérer enfin. Nous traversons encore une grande prairie souple, parsemée de trous d’environs un mètre cinquante où l’eau et d’une transparence telle que l’on aurait envie de s’y tremper, mais elle est trop froide et nous avons trop chaud. Arrivés à l’orée du lac, que nous n’apercevons qu’au dernier moment,calfeutré minutieusement par un anneau de sapins, nous prenons la photo de ce lieu paradisiaque aux berges dentelées de roseaux se reflétant dans l’eau colorée du ciel bleu marine de nos montagnes Provençales.
Au bord, sur un tapis d'herbe moelleux et verdoyant, nous montons la tente en cinq minutes et cherchons du bois mort pour alimenter notre feu, entre quatre pierres. Princesse a été brossée et bien soignée, l’herbe grasse est son plat préféré. Attachée à un arbre par la longue longe, elle est déjà prête pour la nuit, surveillant de son oeil protecteur et avec tendresse tous nos faits et gestes. Le Dormillouse nous domine du haut de ses 2500 m, se reflétant à nos pieds.

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Ce décor somptueux nous envoûte dans un silence que nous avons grand plaisir à écouter… Rosemonde prépare le rituel pastis et ses cacahuètes. La bouteille de rosé de Provence dans notre frigo de fortune ( le lac), surprend les poissons qui font leurs cercles lumineux, comme pour nous signaler de ne pas les oublier et leur envoyer quelques petits morceaux de notre nourriture. Après un petit air d’harmonica au coin du feu, c’est le moment d’aiguiser mon grand couteau de campagne sur un caillou, de façon à mieux tailler la petite fourche de bois sur laquelle nous embrocherons de grosses saucisses. Les pommes de terre enfouies dans la cendre feront le reste.Tout à coup, quel plaisir de voir passer à cent mètres de là, un chevreuil allant retrouver son lieu de nuit après avoir bu l’eau limpide du lac !
Après notre petite goutte d’Armagnac traditionnelle, nous voilà prêts à observer les étoiles plus scintillantes et notre amie la lune, qui veille sur nous en toute sérénité, gardienne de l’endroit par sa douce lumière. Etoiles filantes, les avions grand courrier vont et viennent, nous plongeant dans une ambiance mystérieuse, rêvant aux voyages faits et à venir. La fatigue de la journée et l’alcool du soir (seul moment où il est consommable avec discrétion pour notre santé), car bien sûr en effort physique et en pleine chaleur, cela est fortement déconseillé.
Le matin, premier réveillé, je fais coulisser la fermeture éclair de notre petit abri. Je suis littéralement subjugué par cet immense écran  représentant une image de toute beauté, alors que Princesse va de son hi ! han ! pour me dire bonjour et me rappeler qu’elle est toujours là. Rosemonde se réveille à son tour, doucement suite à ce sympathique rappel affectif, pendant que je fais chauffer l’eau de notre copieux petit déjeuner : lait en tube, café, corn flakes à volonté. Après quelques caresses et attentions envers Princesse, petit tour dans la nature oblige, d’où d’un point culminant, à quelques mètres, nous dominons la vallée de l’Ubaye et apercevons, en fond de tableau, Barcelonnette encore endormie.

Ces couleurs, rose, orange, blanche, grise, tous ces tons de bleus, verts, se mirant sur cette grande étendue lisse du"lac du milieu", nous emportent avec elles dans une puissante douceur, qui nous imprègne d’une certaine maîtrise nous aidant à survoler les mesquineries humaines. Il est 11 h 00, après avoir chargé Princesse, nous décidons de descendre rejoindre la source pour nous réapprovisionner en eau. A proximité, le lac de la cabane où nous passions plusieurs jours autrefois avec les enfants, rejoignant le berger et son immense troupeau de moutons. Nous lui ramenions du pain frais, c’était la fête. Ces histoires du soir, dehors, autour du feu laissaient les enfants bouches et yeux béants ; puis, ils s’endormaient encore plus près des étoiles. C’est à ce moment là que notre ami berger sortant sa bouteille de génépi, nous contait quelques malheurs de sa vie, les larmes aux yeux. Une écoute attentive, quelques mots réconfortants, un petit air d’harmonica et nous allions nous coucher sur le plancher, tapis de gym et sacs de couchage en guise de matelas, dans les combles de la cabane où nous accédions par un escalier échelle en bois, branlant à l’extérieur. Cette cabane, agrandie, toujours existante s’est transformée en resto d’altitude "Chez Ange" tenu par notre ami traiteur du Relais du Lac au Lauzet Ubaye, fidèle restaurateur des festivals CWA que nous n'organisons plus à Montclar depuis 2017, le nouveau maire nous ayant viré pour prendre tout à son compte.
Peindre le paysage sur une planchette, couper du bois, faire chauffer l’eau de la source dans la bassine du berger pour se laver, rejoindre ce dernier avec ses moutons, ses chiens, derrière d’autres montagnes environnantes où l’herbe est encore toute fraîche, faisait parti de nos principales occupations de ces journées « évasions ». Notre gardien et protecteur de la nature partait dés 5 heures avec ses bêtes. C’était un peu tôt pour notre petite équipe, mais nous nous arrangions toujours pour casser la croûte à midi avec lui et faire la sieste. Il était étonnant de voir à quelle vitesse ces centaines de montons glissaient en masse vers la cabane aux abords de laquelle ils étaient parqués pour la nuit dans un enclos de pierres juxtaposées. Une petite cabane également de pierres abritait les malades ou blessés dont les soins étaient prodigués par notre ami, qui en profitait pour raconter des histoires de moutons à Rémy et Lydie très bon public, très intéressés. Malheureusement cette petite « infirmerie » n’existe plus. Au coucher, il était amusant d’épier nos amis les loirs angora, noir et blanc, faisant briller leurs petits yeux malicieux entre les planches formant le plafond.
Après avoir marqué une pose en cet endroit nostalgique, nous être approvisionné en eau de( source, nous allons au bord du troisième lac dit de la cabane, très différent, aux abords pentus et rocailleux. Une arbre, une petite plate forme d’herbe endroit idéal pour repas et sieste. Notre accompagnatrice est déchargée, brossée, mange et boit ce qu’elle veut, avec toujours cette curiosité de ce que nous sortons du sac à dos. 
      J’ai toujours eu plaisir à jouer de l’harmonica simplement pour moi et mon entourage lors de ces situations merveilleuses, vous comprenez mieux pourquoi mes yeux se ferment lorsque je joue certaines mélodies qui me font revivre nos souvenirs d'aventures dans de lointains pays.

Daniel CAHUZAC

Concepteur et réalisateur des festivals "Country Western Altitude". (2007-2016)

Les membres de l'Association Country Western Altitude, tous les participants  et collaborateurs peuvent être fiers, comme nous, d'avoir partagé ces temps forts mêlant passion et humanisme, lors de la réalisation de ces 10 festivals CWA consécutifs, jusqu'au jour où ...?! Il suffit de quelques personnes nouvellement en place pour que tout bascule. A 73 ans, nous continuons à profiter pleinement de la vie, fidèles à notre devise "CARPE DIEM" depuis toujours.